Navalon de tentadeo

Navalon de tentadeo
Navalon de tentadero. Photo de Carmen Esteban avec sa permission

lundi 27 décembre 2010

Mathilde et Trastevere

Ici, c'est l'autre Rome, celle de Trastevere.

Passez le Pont Garibaldi, sur la droite, une permanence du PC. Trastevere, les petites rues, le cinéma populaire italien, les « petites gens », et la Plaza Santa Maria in Trastevere, non loin des ors du Vatican.

Nous avions offert à Mathilde, pour son Noël un Lumix dernier cri. Elle m'a demandé de stocker ses photos sur un de nos disques externes. Je les ai parcourues. Je vous en livre quelques unes, elles sont toutes d'elle.

Donc, une place et une église.

















Il ne fait pas très chaud, peu de monde.

Un charme étrange, une fontaine et comme un ennui.














Ca n'est pas le Colisée, c'est Trastevere. Elle a vu ça Mathilde aussi. Tiens donc!

















Et des solitudes sur la fontaine.




















En attendant des jours meilleurs.

samedi 25 décembre 2010

Dede et Jean Jacques Baylac

Après nous avoir fait un truc très sirupeux avec citation érudite de Cyrano de Bergerac, au sujet du panache de Jean Jacques Baylac, que je m'empresse de le dire je ne connaissais pas, si ce n'est que de nom et de réputation.

Alors allons y, son édito, du nano homme de Boucau, un extrait:

« Alors, quand hier soir le téléphone a commencé à sonner, j'ai su avant qu'on ne me dise. Patrick Louis, Yves Harté, Olivier Baratchar, Auguste Oller... À tous, j'ai simplement pu répondre que je savais. Trop de souvenirs, trop de peine. Que dire de lui ? Ou trop, ou trop peu. Quelques vers d'Edmond Rostand me sont alors revenus en mémoire, ceux des derniers mots prononcés au moment de sa mort par Cyrano de Bergerac, gascon fier et brave comme l'était Jean-Jacques, et qui, mieux que de longues lignes, lui rendent hommage :

"Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous,
Et c'est... Mon panache..."

Adieu.
Pas mal non? Au passage, on note que toute intelligentsia taurine se tourne vers lui pour avoir des sources d'information fiables. Normal lorsqu'il s'agit de l'homme qui oriente la politique taurine espagnole, qui envoute les sénateurs espagnols, a tout compris du problème catalan, et monopolise les ors de l'ambassade de France, avec notre pognon pour lancer sa revue « Tierras taurinas », il faut bien tout de même qu'être Président « bénévole » de l'OCT rapporte quelques menus bénéfices, au Directeur de la revue « Terres Taurines ».Nous laissant le temps d'investiguer sur ce somptueux problème de fan de Esperanza Aguirre, Présidente de la Comunidad de Madrid, qui, on l'a bien compris représentait une opportunité de diffusion de sa revue, nous reviendrons sur ce curieux amalgame, dont l'OCT est évidemment complice.
Pour le moment, en forme de « no comment » sur l'individu et son mode de fonctionnement, sur le Sud Ouest Landes du 24 Décembre 2010 la fin de son interview,en tant que « Directeur de la Revue Terres Taurines , Matador de Toros retiré » . Je cite:
« Trois ans durant je lui avais tapé dessus, en tant que journaliste et aficionado, pour que Vic ait une vraie cuadra de chevaux de picador. Il était obtus et je n'arrivais pas à le convaincre de la dimension que pourrait donner aux tercios de piques vicois l'arrivée de la cuadra Bonijol ».

jeudi 16 décembre 2010

Beurrrrrrrrrrkkkkkkkkkkkkkkkkk!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Alors, il en remet une couche le bien pensant du Boucau, celui qui a raison contre tout le monde, et avant tout le monde.

Je voudrais seulement lui dire une chose, qui ne concerne que moi, et je n'ai nullement l'intention, comme lui, d'illuminer le monde de ma pensée prophétique.

Il est un principe de la plus haute importance pour le républicain, qui plus est de gauche, que je suis: la laïcité. Ce principe s'oppose à tout prosélytisme de caractère religieux voire sectaire sur les lieux publics. A ce titre, je ne suis pas le moins du monde favorable à des réunions de prière ou de prédication sur les lieux publics.

Pour la même raison je m'étais insurgé quand Monsieur Sarkozy s'était fait photographier en compagnie de Monsieur Tom Cruise sur l'embarcadère de Bercy, car je vois mal comment un homme aussi informé que lui pouvait ignorer qu'il s'agissait d'un dignitaire de la Scientologie, donnant ainsi un sacré coup de main à cette secte vénéneuse.

C'est de toutes façons une technique bien connue des gens de l'extrême droite d'utiliser à d'autres fins des problèmes réels. Cela s'appèle le populisme, qui permet de drainer des mécontentements et des rancœurs. La fascisme s'est toujours targué d'une dimension sociale.

L'analyse des propos de Marine Le Pen va bien plus loin que le seul constat de la prière publique sur des lieux publics, en soi contestable, au nom du principe républicain de laïcité, et c'est bien ce « plus loin » qui pose problème, dans l'amalgame et le coté volontairement provocateur, au nom d'une liberté d'expression et de pensée.

Au nom de cette clairvoyance et parler juste qu'il revendique, le confus du Boucau, notre société est en train peu à peu de perdre tout ce qui en faisait la grandeur: la générosité, la tolérance, le partage, l'intelligence, le respect de l'autre, au profit précisément du profit et au détriment de ceux, de plus en plus nombreux qui sont en difficulté et ont tendance à écouter de bien néfastes sirènes.

L'amalgame avec les « animalistes » est une ânerie, une perversion de l'esprit, une manipulation de bas étage.

On comprend en tous cas l'attirance de Viard pour le PP, et le Front National, quand il adopte la technique du vieux guide Jean Marie, toute faite de pseudo érudition ampoulée pour noyer dans une bouillie pseudo intellectuelle  plus présentable un discours pestilentiel.

mardi 14 décembre 2010

Quelle faute?

C'est un peu long à expliquer cette photo, Maja, comme toujours chez moi et tu m'en excuseras.

L'hôtel où nous étions accueillait pour le weekend un séminaire de je ne sais quel organisme gouvernemental, là bas à Majunga. Fort studieux et gais par ailleurs, quoique discrets.



Je l'ai déjà écrit, je me levais fort tôt pour profiter des soleils naissants de début du monde. Eux venaient aussi par petits groupes et s'asseyaient simplement, sur la plage.



Il y avait de basses marées, et comme l'atoll est peu profond et assez étendu, le Mozambique se retirait assez loin. Alors, femmes et enfants remuaient le sable du talon pour dénicher des coquillages plutôt nombreux, et ce, dès le jour naissant.









Les enfants jouant, comme ils le font là bas avec ces rires qui te feraient oublier combien la vie est dure.











Ici tout se sait, et du village voisin, les femmes avaient afflué avec des bassines de coquillages pour profiter de l'aubaine des congressistes. Avec, je dois en convenir pas mal de succès. Moi, vois tu, cette heure matutinale, pour ingérer des coquillages venus d'on ne sait où, m'était inimaginable.

Alors des femmes se mettaient en rond autour du client, lui ouvrant les coques. Les vigiles de l'hôtel habituellement moins coulants laissaient faire et vaquaient à d'autres occupations, avec un air vaguement absent.

Cette femme se tenait à l'écart des femmes, avec ses deux enfants. Ceci m'étonna j'en fis une photo lointaine, à tout hasard. Car les malgaches sont plutôt liants et partageurs.

Elle avait quelque chose de douloureux et de figé, un peu comme un chien battu.

Je me suis approché, ému par la composition qu'elle faisait avec ses deux enfants. Elle ne me regardait pas, comme si elle n'osait pas.


Les femmes à coté me criaient « vazaha, vazaha, tu veux des coquillages? », j'ai décliné. Je les soupçonne d'avoir ajouté quelques commentaires dans leur langue, qui, probablement, ne chantaient pas mes louanges.

Je me suis approché de la femme, de plus en plus intrigué et lui ai demandé si elle me permettait de faire un portrait. Elle n'a pas répondu. Les autres femmes ont dit, oui, tu peux, mais il faut nous donner de l'argent . J'ai dit, à elle oui, pour ses enfants, mais pas à vous. Bien ont t'elles rigolé, fais le alors.













Je lui ai glissé un petit billet dans ses mains et l'ai photographiée. Merci lui ai je dit, ils sont beaux tes enfants. Elle n'a pas cillé.

Revenu à mon poste d'observation, j'ai vu qu'une femme s'est approchée d'elle et lui a pris son billet.



jeudi 9 décembre 2010

Saints et Maudits (4)

Bien sûr, il faudrait enchaîner. Mais c'est toujours ainsi, lorsque je « raisonne » la Guerre d'Espagne, la chronologie est dure à suivre, car immédiatement, surgissent des « pourquoi »? Et ces « pourquoi » entraînent vers d'autres lectures, d'autres interprétations, d'autres temps, d'autres éclairages. Car l'âme d'un peuple, ce qui le fait fonctionner ou dysfonctionner résulte d'une longue sédimentation, qui certainement a à voir avec sa culture.

Un ami chercheur, alors que je lui disais mon impossibilité actuelle de me « figer » sur une synthèse, m'a expliqué que c'était bien la difficulté de la recherche, lorsqu'elle est menée sans à priori. J'ai pris cela comme un compliment. Le mot a déjà été utilisé, mais il s'agit bien d'un « labyrinthe », où le risque de se perdre est d'autant plus grand qu'on avance dans une petite connaissance. Lorsque de plus, culturellement, on a le goût et l'obligation morale du doute, les quelques douteuses certitudes qui suffiraient à orienter confortablement la réflexion voire à la structurer sont pulvérisées.

Et le petit homme d'El Ferrol reste à l'évidence au centre du débat et de ces interrogations. Je sais bien qu'il est une tendance dite « révisionniste », très en vogue, qui consiste à considérer, avec certitude, que la Guerre a commencé avec la révolte ouvrière des Asturies en 1934, voire avec l'avènement de la Seconde République, en extrapolant, puis qu'ensuite, ce fut l'intervention communiste qui a envenimé les débats. C'est à un certain niveau psychanalytique réconfortant, quoique ce soient deux termes plutôt antinomiques.

On pourrait admettre ce raisonnement, en empilant des « faits » isolés de leurs contextes, et souvent manipulés, retombant ainsi sur de vieilles litotes d'anticommunisme plutôt grossier, ( disant cela ne signifiant pas le moins du monde qu'on soit soupçonnable pour autant d'être un stalinien), mais surtout qui ont l'intérêt d'éluder les autres problèmes, d'évacuer toute responsabilité, sur le thème de « la paix ne fut pas possible », et qu'en fait, il s'agissait simplement d'une contrerévolution, d'une réponse à la violence par une violence « légitime » qui fut tant utilisée pour légitimer le fascisme. Ou encore qu'il y avait un fondement théologique à la rébellion, mais oui! Pour rester dans une spécificité espagnole. Voir Carl Schmitt que le subtil Fraga admirait tant, pour la violence légitime fasciste pure, et non ce curieux OGM vasouillard dictatorial que fut le « national catholicisme » espagnol.

La principale faiblesse, de mon point de vue, de cette argumentation, est qu'elle feint d'ignorer la situation de l'Espagne, qui jusqu'alors, à la différence de bien des pays européens, avait fait l'économie d'une Révolution, pour entrer dans l'ère de la modernité, et semble vouloir dire que finalement, tout allait au mieux dans le meilleur des mondes, ou presque, c'est à dire, pas si mal, ce qui est déjà plutôt bien. Mais aussi, disant cela, on ne peut éluder les faiblesses éternelles des forces de gauche: division, indécision pour terminer en tentation dominante, et parfois autoritaire.

Comme si, tous, aujourd'hui, poursuivis par leurs propres démons, à gauche comme à droite de « la peau de toro » cherchaient un exutoire, ou une protection, ou une justification, mais surtout, peut être une rédemption.

Et tous, hommes de gauche comme moi, ou d'ailleurs, ou de bonne volonté ou honnêtes, il doit y en avoir partout, aimerions trouver d'autres raisons plus humaines, plus fragiles, mais tout aussi douloureuses, aussi, qu'une simple et manichéenne dichotomie entre le Bien et le Mal, les «Saints et les Maudits », le fascisme et le communisme, qui rappelons le tout de même, représentaient des forces ni réellement significatives en termes d'adhérents, ni opérationnelles en Espagne, avant 1936 .

Franco est un pur produit de la Restauration et de cette période si tourmentée et complexe s'étalant de 1898 à 1931, et sans doute faudrait t'il bien assimiler la période précédente du XIXème siècle, tout aussi tourmentée. La différence étant qu'au XIXème, de pronunciamento en pronunciamento, tout se passait plutôt pas trop mal, et sans énormes effusions de sang, si on excepte les terribles guerres carlistes, pour de toutes autres raisons. L'Armée était le juge arbitre.

Outre l 'humiliation des militaires, cette défaite eut d'autres conséquences, comme exalter le nationalisme catalan avec la création d'un parti catalan, « la Lliga Regionalista » que les militaires considéraient comme une menace pour l'unité de la Patrie, mais aussi le désir d'effacer cette déculottée avec une nouvelle aventure coloniale au Maroc.

En 1905, les bureaux du journal satirique catalan le « Cut Cut » et ceux du journal de la Lliga, « La Veu de Catalunya » furent saccagés par 300 jeunes officiers, avec l'assentiment de tout le corps des officiers. Dans le climat précédemment décrit, le gouvernement n'intervint pas et, au contraire, sous les pressions qu'on suppose, mit en place en 1906, « la Ley de Juridicciones » , qui accordait à l'Armée la possibilité d'intervenir juridiquement et par la force « en réponse aux offenses faites à la Patrie, au Roi et à l'Armée », consacrant de fait sa supériorité sur la Société Civile. Une autre conséquence moins citée fut que suite à l'abandon forcé des colonies, des capitaux furent rapatriés en Espagne, aidant à un semblant de développement industriel, tendance qui devait s'accentuer jusque dans les années 30, ou du moins, jusqu'à la grande crise mondiale de 1929.


Le petit « Franquito » était à Tolède lorsque Maura, sous la pression des officiers proches du roi Alfonso XIII, chef des armées, et des investisseurs dans les mines du Maroc, qui demandaient que soit sécurisée la voie de chemin de fer acheminant le minerai jusqu'au port de Melilla, au risque de voir les français les détourner vers l'Algérie, et aussi de les voir, ces français, tenter d'étendre leur protectorat, décida, au prétexte d'une nouvelle attaque des maures, d'envoyer une troupe expéditionnaire, afin d'étendre l'emprise des espagnols jusqu'à ces précieuses mines. Pour cela on voulut appeler des réservistes, souvent de Barcelone, mariés en général et pères de famille, et sans la moindre préparation préalable. Bref le 18 Juillet 1909, à Barcelone éclata une protestation contre ces envois de troupes et contre cette guerre, en même temps que revenaient les échos alarmistes du front marocain, où ces troupes mal armées, ne disposant même pas de cartes accumulaient les désastres. On tenta de s'opposer au départ des trains convoyant ces troupes aussi bien à Madrid, Barcelone et les villes de moindre importance possédant des gares de chemin de fer. Le lundi 23 juillet 1909, les anarchistes et socialistes promulguèrent une grève générale, contre laquelle on décréta la loi martiale ce qui causa la terrible « semana tragica », qui s'accompagna également de violences anticléricales, comme toujours en Espagne et qui fit une victime indirecte, le libre penseur Francico Ferrer, fondateur de « la Escuela Moderna » , qui fut exécuté avec cinq autres fauteurs de troubles sans avoir rien à voir avec ces émeutes, ou tout du moins sans y avoir participé. On ne prête qu'aux riches!

Il convient d'accorder toute l'importance qu'ils méritent à ces deux événements, qui confirmaient un divorce entre une partie de la société et de son armée, mais surtout, « la semana tragica » et l'exécution de Francisco Ferrer, provoqua un émoi international, faisant d'un activiste quelque peu fumeux et délétère, une manière de saint laïque. Vus de l'Académie de Tolède, où les jeunes cadets rêvaient d'une revanche de l'armée, ceci ne fit que les conforter, et probablement en première ligne le jeune Franco, dans la conviction d'un complot international, évidemment maçon, et d'une défiance absolue vis à vis d'une partie de la société, « libérale ». Ces deux arguments qui se muèrent en certitudes chez Franco devaient guider sa pensée ultérieure, qui fit que toujours, lorsque l'Espagne rencontrait une difficulté à l'extérieur, c'était dû à un complot maçon international, et lorsqu'il s'agissait d'une difficulté intérieure, elle était due aux libéraux, englobant dans ce terme, tous ceux qui appelaient de leurs vœux une évolution, fût t'elle modeste de la société.

De plus notre cadet ne vivait pas une scolarité particulièrement heureuse. Il fut l'objet de moqueries et brimades fréquentes, liées à son caractère taciturne et prude, mais à son age c'était assez normal, sa petite taille qui lui valut le surnom peu flatteur de « Franquito » et sa voix de fausset. Il conserva toujours un souvenir douloureux de ces brimades. Lui, préférait à Tolède, au cours de longues promenades solitaires, rêver du Cid, auquel finalement, plus tard il prétendit s'assimiler, à la tête de « sa » Croisade.


A suivre peut être


lundi 6 décembre 2010

Bref Aperçu sur le Carlisme



L'Ami Xavier Klein d'Orthez me fait parvenir cet intéressant article sur le Carlisme et ses ramifications. C'est avec bonheur que je le publie, en le remerciant pour sa généreuse et participative attention.








Par ses articles passionnants, Chulo m’a vraiment donné envie d’aller outre et d’en savoir plus sur la guerre civile, ses causes et ses conséquences.
Il abordera sans doute bientôt l’état des forces en présence, dont l’une des composantes m’a fortement intéressé.
Il s’agit de la mouvance CARLISTE, qui m’a intrigué par son incongruité, dans la mesure où un mouvement né circonstanciellement au XIXème siècle, s’est prolongé au XXème avec des conséquences inattendues.
*
Le carlisme est issu d’une querelle de succession dynastique qui recouvrait en réalité des divergences politiques profondes.
En fait, c’est un français qui «a foutu la merde à l’origine», soit Philippe de France, duc d’Anjou, petit fils de Louis XIV, qui monte sur le trône d’Espagne en 1700 sous le nom de Philippe V, el Animoso (ce qui provoqua d’ailleurs la guerre de Succession d’Espagne de 1701 à 1714).
En 1713, il impose à l’Espagne la Pragmatique Sanction qui établit, comme dans la monarchie française, la Loi Salique, qui dispose de l'interdiction faite aux femmes de succéder au trône.
Or dans les années 1830, l’un de ses descendants, Ferdinand VII veut transmettre la couronne à sa fille Isabelle (il n’a pas de fils).
Un parti s’oppose à cette décision arbitraire et illégale non approuvée par les Cortes, prenant parti pour l’héritier légitime Charles de Bourbon, frère de Ferdinand (et oncle d’Isabelle). Charles = Carlos. Ses partisans seront donc les carlistes.
Par delà la querelle dynastique, le carlisme incarne un courant conservateur, voire traditionaliste, ultra-catholique et défenseur des droits locaux (los fueros) par opposition au courant isabellin plus libéral (au sens du XIXème siècle), moderniste et centralisateur.
Le carlisme sera à l’origine de 3 guerres civiles qui interviendront sous les règnes d’Isabelle II (1833 à 1868), de son fils Alphonse XII (1874 à 1885), et de son petit-fils, Alphonse XIII (1886 à 1931). 3 guerres qui de 1833 à 1840, de 1846 à 1949, et de 1872 à 1876 ensanglanteront une Espagne déjà passablement en retard social, économique et politique sur le reste de l’Europe.
Ces guerres, et l’influence du Parti Carliste concerneront surtout les provinces du Nord à forte identité régionale (Pays Basque, Navarre, Catalogne et Aragon).
L’anticléricalisme de la Seconde République entraînera un renouveau de ce courant politique qui a toujours joui d’un important soutien populaire, animé d’un fort sentiment religieux traditionnaliste.
Les carlistes et leurs unités paramilitaires, les requetès, ont largement soutenu la rébellion franquiste, prenant part à la plupart des opérations militaires.
Le franquisme a tenté en permanence d’affaiblir et d’agglomérer le carlisme au phalangisme (qui est de nature fasciste), sans réellement y parvenir. Le mouvement carliste, s’il a favorisé le coup d’état du caudillo, n’a jamais véritablement adhéré, au moins pour des raisons dynastiques, à l’idéologie franquiste.
*
C’est à la mort du vieux débris en 1975, qu’émerge le paradoxe.
Depuis les années 1970, le carlisme s’est petit à petit scindé en deux mouvements totalement divergents.
D’une part, dés 1986, la Communion Traditionaliste Carliste, très majoritaire, demeurera un parti ultra-catholique, conservateur et monarchiste.
D’autre part, le Parti Carliste, soutenu jusqu’à son décès le 18/08/2010 par le prince Charles-Hugues de Bourbon-Parme (Charles-Xavier de Bourbon Parme est désormais le prétendant), constitue une curiosité politique absolue de «gauchisme nationaliste», un courant mélangeant socialisme autogestionnaire, régionalisme identitaire et fédéraliste, écologisme, anti-impérialisme, avec un substrat de catholicisme social, introduit à la suite du concile Vatican II.
Pour conclure, le Parti Carliste se revendique comme le plus vieux parti politique d’Europe.
Si lors d’une virée en Navarre, vous croisez des olibrius portant béret rouge avec gland doré, et arborant des bannières blanches barrées des «bâtons noueux de Bourgogne» écarlates (« d'argent au sautoir écoté de gueules »), vous aurez sans nul doute affaire à des carlistes en goguette.
Ne les maltraitez pas trop, c’est une espèce en voie de disparition…
Pardon à tous de m’être permis cette incursion d’histoire politique sur les terres chuliennes.
Xavier KLEIN

Site du Parti carliste : http://partidocarlista.com/?page_id=2
Site de la Comunión Tradicionalista Carlista : http://www.carlistas.es/quienes-somos.php


mercredi 1 décembre 2010

Saints et Maudits (3)

Donc, contrairement à une idée reçue, l'armée ne formait pas un groupe si homogène autour de Franco. Il faut ajouter à cela les très nombreux militaires monarchistes, les « alfonsinos » qui pensèrent, comme d'autres mais avec plus de constance, que Franco cèderait la main au Roi, après la Guerre. On pense surtout à Kindelan. Il faut dire que le Roi Alfonso XIII, chef des armées et qui exerçait totalement ses prérogatives, ne refusait rien aux militaires marocains. Et c'est la difficulté de la conscription pour aller se battre au Maroc, qui causa des émeutes sanglantes, qui justifia la création de troupes mercenaires: « los regulares » marocains et le « tercio », la légion, sur le modèle de la légion française.

De plus on remarquera que tous les militaires insurgés faisaient partie de la « caste » des militaires qui s'étaient illustrés au Maroc, trouvant sur ces terres une revanche après la déculottée humiliante de Cuba en 1898, qui avait laissé des traces indélébiles et des rêves brisés d'impérialisme. Ce qui en général unissait ces militaires, c'était une haine tenace des politiciens, coupables selon eux et bien injustement, de la débâcle cubaine, surtout de gauche, mais pas seulement, une haine pour tout « libéralisme », un nationalisme exacerbé les opposant à toute idée d'autonomies, et de fortes pulsions impérialistes. Quelque chose qui, convenons en pouvait tout de même faire penser à de fortes tendances fascisantes, quoique peu théorisées.

Ces « marocains » n'étaient pas forcément bien vus par les « continentaux » qui jalousaient leur gloire d'une certaine façon, mais surtout leurs avancements « aux mérites de guerre », auxquels Azana voulut aussi, s'attaquer. Ce malaise lié à ces avancements, favorisant l'Infanterie et la Cavalerie qui s'effectuaient au détriment de corps plus techniques tels que l'Artillerie et le Corps médical ou ceux destinés aux services complémentaires, comme la logistique ou l'intendance, en vint à causer de sérieux problèmes.

Curieusement, peut être, ce qui, en bien des endroits fit la différence, ce fut l'attitude de la Garde Civile, dont la seconde République se défiait au point de créer son propre corps de Gardes d'Assaut, dont la création, comble de l'histoire fut confiée à Munoz Grandes, qui plus tard devait commander les plus de 40 000 espagnols qui composaient la « Division Azul », couleur phalange, qui se battraient aux cotés de Hitler, qui les armaient et finançaient, sur le front russe.

La Benemerita, experte dans la défense des intérêts des possédants, quadrillant le pays, joua en effet un rôle déterminant dans les villages ou petites villes, où la résistance populaire ne pouvait s'établir. Les Gardes d'Assaut restèrent parfois fidèles à la République, sans toutefois, qu'on puisse considérer que ce fut une majorité. Au fut et à mesure de la terrible avancée des troupes de Yague, la Benemerita était relayée par les innombrables ralliés opportunément à la Phalange, qui assurèrent avec la bénédiction et souvent l'aide active du clergé, la répression « légale » dans l'arrière garde et hors zones de combats.

Franco attendit l'assassinat de Calvo Sotello, pour se décider enfin à participer à la rébellion. Azana avait déjà dit, bien avant, que de tous les militaires, Franco était « el mas temible » , le plus redoutable, donc. En plus, il l'avait privé de son jouet favori, l'Académie Militaire de Zaragoza, qu'il avait créée à son image. Franco avait le goût du silence puis démontra une étonnante duplicité qui serait sa règle dans une étonnante lettre adressée à Casares Quiroga, quasi impossible à déchiffrer, mais à postériori, lourde de menaces. Franco avait un style très tarabiscoté, et pouvait dire tout et son contraire dans la même phrase lorsqu'il s'agissait de traduire sa pensée précise. Par contre, il était totalement accroché à ses certitudes: tous les maux de l'Espagne provenaient des libéraux, des maçons, de communistes et des anarchistes.

Beaucoup se sont interrogés sur les origines de ces haines viscérales: il est probable que l'enfance de Franco y est pour beaucoup. Son père, Nicolas Franco Salgado-Araujo, intendant général de la Marine, probablement maçon, libertaire, coureur de jupons préférait aussi les tavernes à la maison familiale. En 1907, année de l'admission de Franco à l'Académie de Tolède, Il quitta sa femme, très bigote et ses enfants pour aller vivre à Madrid avec une jolie institutrice, qui resta sa compagne jusqu'à la fin de sa vie. La mère dut donc élever seule ses enfants: Nicolas, Francisco, Pilar et Ramon. Franco lui, voulait intégrer l'École de la Marine del Ferrol mais n'en eut pas le loisir, car elle disparut en 1901. Par la suite, à 12 ans, Franco fut admis à l'Ecole de Préparation Navale, espérant intégrer la bâteau école de L'Ecole Navale Flottante. Un décrêt fut publié qui y limitait les admissions, et, de fait, cette admission ne fut pas possible. C'est donc avec frustration qu'il entra dans la bien moins prestigieuse Académie de Tolède ( mois d'aout 1907) où il suivit une scolarité médiocre, ( il sortit dans le dernier quart de la promotion en 1910: 251 ème sur 312 élèves, ce qui, compte tenu du niveau rudimentaire de cette Académie est assez peu flatteur, mais il n'a alors que 18 ans). On peut penser qu'il s'est agi d'une vraie souffrance, car tout au long de sa vie, Franco aima à se trimballer en uniforme de Grand Amiral sur son yatch Azor. Introverti, renfermé, il ne laissa pas un souvenir inoubliable, aussi bien au niveau de ses capacités intellectuelles que de ses qualités humaines. Plutôt mauvais camarade le petit bonhomme et pas réellement une lumière!

Ce n'est pas le moindre des paradoxes du personnage: petit, affublé d'une voix molle et fluette, médiocre intellectuellement, sans le moindre charisme. Comment put t'il devenir ce dictateur impassible et impitoyable, mais surtout rester à son poste jusqu'à sa mort après pratiquement 40 années de règne solitaire?

L'enfance joua un rôle prépondérant dans la structuration de Franco, comme pour tout le monde d'ailleurs. La frustration qu'il connut a sûrement concouru à développer chez lui une attitude hautement défensive, mais surtout un désir forcené de s'affirmer, tout en se protégeant. Elle est également à la source de ses phobies qui l'accompagneront et constitueront l'épine dorsale de sa pensée et la légitimation de ses actes. C'est ici aussi qu'il faut trouver certainement les clés de son tempérament pouvant mélanger prudence, les historiens parlent souvent de cautèle, vraie témérité et froide violence. Ajoutez à cela une absence totale de références historiques, si on excepte les Rois Catholiques, quoique sous leur forme la plus symbolique, absence de références liée à une inculture manifeste, font que peut être le seul franquiste fut Franco lui même. On cherche vainement à définir une doctrine franquiste, à part le nationalisme, l'anticommunisme, l'anti maçonnerie, l'anti changement, l'anti libéralisme, mais surtout à part l'obsession de demeurer au pouvoir, associée à une évidente habileté disons politique, dans l'aptitude à utiliser les autres et même les événements à son seul profit. De ce point de vue, il fut réellement impressionnant tout au long de son règne. Mais par exemple, Primo de Rivera détestait cette absence de vision, et voyait en Franco un défenseur de l'ordre établi: Jose Antonio Primo de Rivera, pourtant latifundista, s'était toujours prononcé pour la réforme agraire, sans toutefois jamais aborder l'épineux problème de l'indemnisation des propriétaires. Cet immobilisme forcené de Franco fut à l'origine des tensions entre la Phalange qui voulait une "révolution" sur le modèle "national socialiste" et lui même.

Le Maroc fut pour Franco un révélateur ultra puissant. Le milieu militaire l'aida à vaincre ou plutôt surmonter et utiliser ses frustrations. Il y fit preuve indubitablement d'une grande témérité, déjà amateur de symboles, il se trimbalait dit t'on à cheval sous la mitraille, avec un dédain parfait du danger. Ceci lui valut une blessure mal placée au ventre, dont normalement, on mourrait et qui préluda à la légende de sa baraka.

Son avancement fut météorique puisqu'il se retrouva général à 32 ans. Cette gloire militaire lui valut de vaincre définitivement les réticences de la famille de sa future femme, Carmen Polo, héritière d'une famille très aisée.

Il apprit surtout au Maroc une guerre d'une violence extrême, mais sur de petits fronts. Il y apprit que toute position conquise devait être conservée à tout prix, et qu'il fallait être impitoyable avec ses ennemis et y instaura la loi du Talion. Il y acquit une réputation d'invincibilité et quasiment de protection divine auprès des troupes indigènes et des légionnaires, faisant régner par ailleurs une discipline de fer. Et le cadet tristounet était devenu un homme plutôt rayonnant, élégamment moustachu. Il y apprit également un mépris total de la vie des hommes, ennemis ou de sa troupe, étant lui même d'une témérité, dit t'on impressionnante.

Couvert d'honneurs, il construisit puis fonda l'Académie Militaire de Zaragoza. Là il vécut une vie de notable aisé provincial, avec sa femme qui y était aux anges, vivant une vie sociale intense, très mondaine et y fit une autre rencontre qui serait déterminante pour lui. Un avocat brillant, cultivé, élégant, élancé Serrano Suner, qui deviendrait le mari de Zita la très jolie sœur de Carmen Polo. Un peu un négatif de Franco. Il deviendrait un peu plus tard le très puissant « cunadisimo », soit le « super beau frère », fasciste et phalangiste, sans la moindre ambiguité..

A suivre, peut être!






mardi 23 novembre 2010

Saints et Maudits (suite 2)

Sur les 100 000 soldats que comptait l'armée espagnole en 1936, 40 000 étaient des troupes « marocaines » légion et maures, expérimentées, disciplinées et surtout armées. La partie « continentale » de l'armée n'aurait jamais permis de faire la différence ni d'un coté ni de l'autre, tant sa qualité et son armement étaient défectueux. Mola, lui, disposait des « requetes » carlites, milices entrainées et armées par les italiens, qui furent ses troupes de choc pour la conquête du Nord, aidé également par la suite par la légion et les troupes indigènes.

D'où l'importance du ralliement de Franco, « deus ex machina » de cette troupe, qu' il promit de « couvrir d'or ». Or Franco détestait Sanjurjo, depuis la ridicule Sanjurjada. Non pas réellement pour avoir comploté contre la République en 32, quoique s'étant prudemment tenu à l'écart, mais plutôt pour avoir échoué. Le rondouillard général, très bon vivant et très amateur du beau sexe, le lui rendait bien, qui voulut rejoindre la rébellion, depuis le Portugal où la République l'avait exilé, après avoir commué sa peine de mort, à bord d'un trop petit avion, surchargé disent les mauvaises langues d'uniformes de parade et de médailles. Bref le petit appareil heurta les cimes de arbres et s'écrasa. C'est Sanjurjo qui devait prendre la tête de la rébellion. Uno menos!

Primo de Rivera, le chef de la Phalange, fils du dictateur du même nom, vivait des jours assez paisibles en prison, recevait et commentait; les prisons en Espagne étaient pour le moins « poreuses » jusqu'à ce que la République le fusille. Plus exactement, condamné à mort, il fut fusillé dans la précipitation, sans attendre l'avis du gouvernement sur le recours qu'il avait intenté. Il détestait  ce petit Franquito, dont il n'avait pas voulu aux élections de Cuenca, sur sa liste. Miracle du « plastik Franco », il deviendrait l' « ausente » , l'Absent, lorsque les phalangistes fascistes, qui se rallièrent en masse quand Franco gagnait du terrain et assurèrent la « limpieza» puis le quadrillage méthodique et exterminateur du pays. Pour terminer à ses cotés au Valle de los Caidos. On peut en particulier se demander ce qu'il serait advenu de Franco et de ses relations si fructueuses et compliquées avec la Phalange si Primo de Rivera avait survécu, mais quelle qu'en soit la tentation qu'on peut en éprouver, il est impossible et surtout vain de réécrire l'histoire. Fait curieux mais significatif, on n 'annonça officiellement sa mort que dans l'année 38. En tous cas, encore, Uno menos!

Mola lui non plus, n'aimait pas vraiment Franco. Cultivé et élitiste, il voulait un retour aux valeurs antiques de l'Espagne. Il savait toutefois que l'adhésion de Franco était nécessaire pour la réussite de la rébellion qu'il avait organisée, sous la pseudonyme de « El Director ». Les consignes en tous cas étaient claires, et parfaitement explicites quant aux moyens: il fallait pas à pas éliminer toute trace des « izquierdistas ». Les difficultés qu'il rencontra pour conquérir le Nord de l'Espagne firent douter, à juste titre semble t'il, de ses qualités manœuvrières, bien que la topographie était bien plus compliquée et favorable à la résistance qu'en d'autres lieux. Il eut le bon goût de périr, son avion ayant été abattu, dans des conditions encore ce jour, peu claires. En tous cas, il prônait et favorisa un « curetage ». Dans ses instructions, on lisait: « Il faut créer une atmosphère de terreur, il faut laisser la sensation de domination en éliminant sans scrupules ni hésitation quiconque ne pense pas comme nous. Nous devons impressionner fortement, quiconque qui est ouvertement ou secrètement du Front Populaire doit être fusillé ». Ces instructions étaient antérieures à la rébellion elle même. Uno menos!

Cabanellas, lui, était un franc maçon notoire et républicain. Il y en avait dans l'armée. Mais il apporta Zaragoza dont il commandait la garnison et en profita pour tolérer une répression féroce. Il était partisan d'une prise de pouvoir, par les militaires, provisoire afin de rétablir une République centralisée et autoritaire. Mais il comprit très vite, et bien avant tous les autres, que Franco ne lâcherait pas l'affaire et le dit, puis tenta de s'opposer à l'accession de Franco au titre de généralissime, chef de toutes les armées, puis une semaine plus tard, le 1er octobre 1936 au rang de Caudillo et chef du nouvel état rebelle en cours de gestation. Officier de Grand renom au Maroc, chef de la Garde Civile, puis député radical, son ralliement à la rébellion fut une surprise considérable. Franco qui se souvenait que Cabanellas fut son supérieur au Maroc où il avait plus que participé à la création des troupes indigènes, les fameux regulares, et gêné par ses liens maçons et républicains, mais surtout ne lui pardonnant pas son « opposition » à son ascension, lui confia un rôle honorifique d'inspection. Cabanellas eut le bon goût de mourir, de mort naturelle, en 38. C'était bien dans les méthodes du « Franquito », celui dont son père disait: « Paquito, chef de l'Etat, laissez moi rire! » . Pourtant! Nous en reparlerons. Uno menos!

Mon « préféré », si on peut dire, Queipo de Llano, qui fut mis en réserve par Primo de Rivera, le père, suite à ses critiques sur le régime, puis qui conspira contre la monarchie « alphonsine ». La République le nomma Capitaine Général de l'Armée, et il aida Azana à faire ses réformes de l'Armée. Lié au niveau familial au Président Niceto Alcala Zamora, il ne supporta pas que celui ci fût débarqué en 36, au profit si on peut dire de Casares Quiroga, il fut une des figures de la rébellion. Dans ses Diarios Azana dresse quelques portraits saisissants de ce personnage, que visiblement il sous estimait, car il l'amusait, soit sur un cheval blanc, celui du Roi, rien de moins, avec sa grande taille et aussi ses désirs d'avoir des voitures dignes de son standing, le voiture blindée de Primo de Rivera père. Lors de la rébellion, il s'illustra par sa prise de contrôle de Seville et surtout, immédiatement ses fameuses interventions quotidiennes à la radio, connues comme ses « charlas » ou si on veut, causeries. Il inaugurait l'utilisation d'un media à des fins de propagande mais surtout, ceci lui permit de nourrir une légende tenace qui l'aurait vu conquérir Séville avec une dizaine d'homme. C'est omettre que Séville avait été au centre de la Sanjurjada, que la République n'avait pas fait le « ménage » et donc qu'il put immédiatement compter sur 4000 hommes armés et surtout toute l'artillerie. Pas la suite, et quasi immédiatemant, les premiers renforts maures arrivèrent et inaugurèrent les massacres qui devaient être la règle. On estime au moins à 4000 le nombre d'ouvriers et de paysans désarmés qui moururent à Séville. Par la suite, à Malaga, conquise par les troupes italiennes, il devait faire beaucoup mieux, en terme de cette folie répressive qui horrifia les italiens, et de plus, Gibson lui attribue une responsabilité directe dans la mort de Federico Garcia Lorca. Souvent en désaccord avec Franco qu'il méprisait, il le surnommait « Paca la culona », il contrôla d'une main de fer l'Andalousie dont il se considérait « Vice-roi ». Ses « charlas » surréalistes, d'une violence et d'une vulgarité inouïes, où il promettait aux femmes des rojos de connaître enfin les délices de vrais hommes étaient des appels au viol et au meurtre. Franco, qui le considérait toujours comme un républicain et se méfiait de lui, dut le contraindre au bout de pratiquement deux ans à arrêter ces interventions et peu à peu l'écarta, y compris d'Espagne, après l'avoir parfaitement utilisé dans le Sud. Uno menos!

Enfin, Yague, le phalangiste, ami de Jose Antonio Primo de Rivera. Il dut difficilement composer avec son appartenance à la Phalange et sa fidélité à Franco. C'est lui qui commanda l'avance éclair des troupes marocaines vers Madrid, et le 14 Aout 36, prit Badajoz et justifia très benoitement l'épouvantable massacre: « Bien sûr que nous les fusillons. Qu'attendiez-vous ? Vous pensiez que j'allais emmener 4 000 rouges avec moi alors que ma colonne avançait contre la montre ? Vous pensiez que j'allais laisser des lâches derrière moi et les laisser bâtir une nouvelle Badajoz rouge ? » déclara t'il au journaliste John Thompson Witaker, ce qui par parenthèse donne une idée de l'ampleur du massacre, par la suite toujours nié par les franquistes. Il voulait prendre Madrid au plus vite, ainsi lorsque Franco ordonna le détour par Tolède et son Alcazar, il protesta sèchement. C'est vrai que ce fait de guerre n'avait pas le moindre intérêt stratégique mais témoignait déjà du goût de Franco pour les symboles et le rinçage de cerveau. On aménagea l'histoire du commandant de la place, le bien terne Moscardo, qui aurait préféré qu'on abatte son fils plutôt que de se rendre, renouvelant le geste de « Guzman el bueno » offrant du haut des remparts de Tarifa, son couteau d'or tout de même, pour immoler son fils. Ce bon Moscardo aurait entendu, au bout du fil, le coup de feu qui fut fatal à son fils. Or celui ci mourut effectivement fusillé, un mois plus tard et pour de toutes autres raisons. Brasillach s'empara de cette édifiante histoire de façon délirante, avec en plus l'épopée des Cadets de l'Alcazar. En fait, ces Cadets de l'École Militaire qu'avait fréquentée Franco étaient en vacances. Seuls moins d'une dizaine étaient présents. Ce que par contre on sait c'est que les militaires rebelles s'étaient enfermés avec plus de cent « otages » femmes et enfants en général qu'on ne vit jamais réapparaître. Cet épisode rocambolesque, sur-utilisé par la propagande de Franco qui en profita pour se faire introniser Généralissime, puis Caudillo, est très symptomatique de la méthode Franco. Il paraît évident pour tous les analystes sérieux, que si Franco avait suivi les conseils de Yague, Madrid serait tombée car à ce moment, en Septembre 36, Franco disposait de l'aide militaire italienne et allemande alors que l'aide soviétique ne s'était pas mise en place et les Brigades étaient loin d'être opérationnelles de même que le semblant d'Armée de la République. Yague fut remplacé par Varela devant Madrid avec le succès que l'on sait en Novembre 36. Yague revint en grâce et participa à toutes les grandes batailles, en particulier celle de l'Ebre, pour à nouveau se faire taper sur les doigts et renvoyer dans son village en 40 pour avoir émis des réserves sur la répression qui se poursuivait de plus belle. Réhabilité en 42, il envisage même de destituer Franco. Bref des relations un peu tendues! Pour terminer toutefois Marquis de San Leonardo de Yague après sa mort en 52! Franco aimait à distribuer les titres nobiliaires.

À suivre, peut être

jeudi 18 novembre 2010

Saints et Maudits (suite 1)


A ce point du récit, lorsque la rébellion démarre à Melilla, le 17 Juillet 1936, il faut bien replacer une nouvelle fois les choses dans le contexte. Le malheureux Casares Quiroga, par ailleurs père de Maria Casares, ce qui pour del Castillo lui confère un seul point positif, une ânerie, mais ce n'est pas la seule dans ce livre homophobe imbécile et haineux, est informé des faits et de leur suite en Espagne. Rien n'est gagné pour les rebelles, puisque les grandes villes ont résisté, et même le pays basque, traditionnellement catholique comprend que les insurgés sont totalement hostiles à toute idée d'autonomie, et qu'à tout prendre, la République offre plus de garanties. C'est, à ce moment, leur seule motivation, de même que celle du petit clergé basque.

La République a l'argent, c'est ce que croit en particulier Prieto, et donc tous les moyens de mâter l'insurrection. l'Espagne possède la quatrième ou cinquième, selon les historiens, réserve d'or mondiale. Même la Marine reste, en grande partie, fidèle à la République, ou plus exactement les marins se soulèvent contre leurs officiers ce qui aura une conséquence inattendue: privés de compétences à bord, ces bateaux furent d'une inefficacité totale, en particulier pour s'opposer au passage des troupes marocaines qui allaient être si déterminantes dans la marche sur Madrid. De plus, l'Angleterre, d'emblée favorable aux rebelles et surtout soucieuse de préserver ses très importants investissements en Espagne, devait leur interdire l'accès à Gibraltar, ce qui de fait les réduisait encore plus à l'impuissance. Le Milices de gauche demandaient des armes, Casares Quiroga, malade de tuberculose et dépassé par les événements, rendit son tablier. Le modéré très ou trop brillant et maçon Barrio lui succéda et chercha une voie de négociation avec Mola qui lui dit sobrement que c'était trop tard. Ne souhaitant pas armer les milices, il fut remplacé par Giral, ami personnel d'Azana, qui les arma. Mais le « bordel » était tel que par exemple, la République qui se méfiait de l'Armée avait stocké en des endroits différents, les armes et les culasses. Bref, 3 gouvernements pratiquement en 72 heures, un armement dérisoire, des milices totalement désorganisées, et surtout personne à qui se fier dans les outils normaux d'une République: armée, police.

Restait toutefois cette culture de « pronunciamentos » si fréquents au XIXème siècle, où l'armée réglait de façon presque consensuelle les conflits, culture qui vit, plus tard, Primo de Rivera prendre le pouvoir avec pratiquement l'assentiment général, et semblait fausser l'idée même d'une révolution et du prix humain à en payer, dans le sens de la sous évaluation. Ceci fut flagrant lorsqu'en 32 Sanjurjo tenta de renverser la République et fut très facilement mis en déroute. Il est donc très possible que les Républicains aient longtemps cru que la « crise » serait surmontée. De plus, les insurgés n'étaient pas en situation si favorable, les grandes villes ayant résisté grâce à la mobilisation des syndicats. En fait, chaque fois qu'on sut ou put contrôler la Garde Civile et mobiliser le peuple, les militaires furent mis en échec. La situation du Nord de l'Espagne était plus complexe, surtout au pays Basque, détenteur des ressources minières de Bilbao, traditionnellement catholique, mais où le sentiment autonomiste l'emportait, ce qui, finalement, impliquait de se ranger du coté des républicains. On peut penser qu'au fond, il en fut de même pour les galiciens, les catalans, pour parler seulement du peuple et non des élites, qui évidemment, amplifiaient ce sentiment.

Certaines provinces tombèrent d'emblée entre les mains des rebelles, comme la Navarre carliste, dont tous nos aficionados esthètes de la vraie fiesta, reprennent les couleurs honteuses. Rouge et blanc. Mola s'était lancé à la conquête du Nord mais également entendait marcher vers Madrid pour faire la jonction avec les troupes de Franco, renforcées par les marocains et les légionnaires.

Parallèlement, les anarchistes voulaient implanter leur révolution et envisageaient de reconquérir l'Aragon. Quasi immédiatement dans la zone républicaine, on massacra des prêtres mais également fleurirent les vénéneuses « checas », dont les responsables étaient souvent plus que douteux, car la République avait ouvert les prisons et libéré toutes sortes d'individus, depuis des militants politiques jusqu'à des truands, pourvu qu'ils se disent favorables à la République. On en retrouva souvent à la tête de ces machines à « pasear ».

La République s'illustra ensuite, plus tard, la première fois en Aout à la prison Modelo de Madrid en matant un début d'insurrection, (début d'incendie volontaire) et au passage tuant le vétéran politique Melquiades Alvarez que Azana avait tant côtoyé à l'Ateneo. Ceci consterna Azana qui comprit que la guerre était partie dans la déraison. Plus tard, en Novembre, dans Madrid assiégée, écrasée sous les bombes, bruissant des histoires terribles de la marche sur Madrid des maures, et de l'épouvantable tuerie par les troupes de Yague à Badajoz, on « évacua » la prison Modelo encore, car on ne voulait pas que les prisonniers renforcent les troupes franquistes. Beaucoup d'entre eux terminèrent leur vie à Paracuellos. Mais le gouvernement était exilé à Valence et la Junta de Defensa était entre les mains du trop jeune Santiago Carrillo, probablement dépassé par les événements, et incapable de résister à la pression de certains conseillers communistes, dont probablement Kostlov qui voulaient une épuration. L'ampleur de cette tuerie, probablement de l'ordre de 2000 victimes, équivalente si on peut dire à celle de Badajoz, fut reportée par des observateurs de la Croix Rouge, pour une fois présents. On ne les avait pas vus à Badajoz.

Mais si tant est qu'on puisse s'exprimer ainsi, ce qui porta le plus grand préjudice à l'image extérieure de la République en Guerre, ce fut l'extermination rituelle, souvent, des membres du clergé, dont pratiquement 7000 périrent, la plupart dans les premiers jours ou mois de la Guerre civile. Il fallut pratiquement 6 mois à la République pour mettre fin à ces exactions et contrôler les néfastes « checas » qui reprirent du service sous une forme plus politisée après les émeutes de Barcelone, mi 1937, à la fois pour lutter contre la Vème colonne, de plus en plus active mais aussi annihiler les anarchistes, en important les purges anti trotskistes de Moscou.

Le massacre du clergé devait « justifier » l'homélie des « Deux Villes », en Septembre 1936, qui consacrait la dénomination de « croisade » pratiquement miraculeuse pour Franco, puis la lettre collective de l'épiscopat espagnol mi 1937, ralliant ainsi définitivement, tous les lobbies catholiques surtout anglo saxons, qui dès les premiers jours avaient montré de la sympathie, c'est un euphémisme, pour les rebelles. Mais la République, désunie, divisée sur la marche à suivre, sans armée, ni police, n'avait aucun moyen dans cette confusion de faire régner un semblant d'ordre dans ses troupes.

A suivre peut être

lundi 1 novembre 2010

Ce duende qu'on assassine

Nous étions, autant le dire, voisins, Federico.

Nous avions choisi un hôtel sur les conseils éclairés de Carmen, la comtesse du papier bulle, la Condesa de Estraza de « Pezon a Rabo », et del Senor Carbonell, le « Caballero Negro » qui y prend ses quartiers pour la San Isidro et visite aussi Vic, dans la rue Ventura de la Vega, parallèle à Etchegarray, à 150 mètres de la Plaza Santa Ana.

Angel, le vaillant « Coronel », celui de la « Trinchera de Paracuellos », nous attendait avec Maria Luisa, son épouse, à l'aéroport. Nous n'eûmes pas besoin de sa pancarte « Chulo » pour nous reconnaître. Abrazos y besos. Madrid baignait dans un soleil matinal un peu froid et une lumière limpide. Un coup d'œil au panneau Paracuellos sur la voie rapide, c'est ici que vivent Angel et Maria Luisa. Ils savent ma passion pour la Guerre d'Espagne. Moi, ce nom de Paracuellos, Federico, me file la chair de poule. J'en parlerai ailleurs, dans la suite de « Saints et Maudits ». Angel me précise qu'il est né dans le quartier de Las Ventas. L'un et l'autre sortent une cigarette en précisant qu'on peut fumer dans la voiture.

L 'hôtel est très propre spacieux et simple, un excellent rapport prix performance pour l'endroit, si on aime prendre son petit déjeuner très tôt, dans un bar de la « calle del Leon » par exemple. Pour les autres, s'amener une bouilloire et quelques biscuits. On peut y fumer et actionner une machine à café, qui fonctionne, normalement. Le temps de poser les valises et direction « la Venencia », dans la calle Etchegarray où nous retrouverons la grande Carmen. C'est elle qui a choisi l'endroit. Tu as dû le connaître Federico, et rien n'a changé. C'est petit, enfumé, intestin et sombre. Une « barra » antique, des barriques de fino. Au fond, une minuscule salle à laquelle on accède par un petit escalier de 3 ou 4 marches. Carmen nous a rejoints presque à l'heure, préoccupée par la santé de sa mère. Besos et rires. Angel l'appelle « Amor mio », ce qui fait sourire Maria Luisa et étonne Mathilde qui me demande si elle a bien compris: l'espagnol déferle en tsunami, la submerge et elle mesure tout ce qu'il lui reste à apprendre après un an de Collège.

Ici, tu le sais, à la « Venencia » si tu n'apprécies pas le fino, tu as le choix entre rien et l'eau du robinet, excellente nous dit t'on à Madrid. Je ne suis pas un amateur de fino, mais l'eau du robinet, fût t'elle de Madrid, je ne peux pas. Donc, ce sera du fino! Nous nous sommes assis à une petite table carrée autour de laquelle, selon Carmen se tenait la plus prestigieuse « tertulia taurina » de Madrid. Elle nous parle de Navalon, de Dominguin, de Manolete, de la Lupe, de Bienvenida, d'Ordonez, de Vidal, d'Antonete, de Curro Vasquez, de Morante, de Jose Tomas qu'elle vénère malgré une fâcherie avec son « mozo de espada » de frère. Elle m'en explique la raison que je ne saisis pas. Je soupçonne la dame d'avoir la fâcherie prompte et épidermique. Nous disons beaucoup de mal de Manzanares père, qui selon eux annonçait Ponce, de la ruine taurine de Las Ventas et du « tendido 7 » actuel qui ne ressemble plus à rien et serait selon elle un repaire de bandits du « lobby ». Elle me reproche de tant m'intéresser aux encastes, car selon elle toujours, nul ne sait ce que font les ganaderos sinon des « putadas » permanentes et que tout est maintenant pareil.

Carmen parle comme elle écrit, une langue tranchante, flamenca, difficile, sophistiquée, torrentielle et très imagée. Angel parle un beau castellano, très clair, fluide, d'une voix lente, posée et nicotinisée. C'est aussi un expert en flamenco. Ses yeux rient quand Carmen exagère, c'est à dire en permanence. Évocation rapide du passage de la corrida à la Culture, « pffffffff » dit Angel, Carmen ne veut même pas en parler, sinon pour préciser qu'en général les toreros actuels et agissants dans l'affaire sont analphabètes. Ils sont tous deux « rojos » vifs et la sémillante Esperanza Aguirre, l'égérie PP du Dédé, en prend pour son grade. Du miel Federico, du miel et du fino!

Le fino, celui qu'ils ont commandé, peut être le seul qui existait ici, ça te donne une fermeté au cœur de l'amour, et une mollesse au temps qui passe. Comme si le temps s'arrêtait à tes lèvres, dans un baiser ou un rire d'une femme qui aurait envie d'ailleurs. Çà sentait la sueur du vin macéré dans les fûts et les fragrances «  de noir jésus » de l'air brassé aux envolées de la robe de la flamenca ruisselante possédée d'antan.

Et ces mots, Federico, les tiens, comme les sons noirs du flamenco, les seuls qui aient du duende.

Il faudra Federico que je termine mon Saints et Maudits, comme une dette maintenant envers Carmen et Angel, et, en plus tout se précipite un peu à mon sens. Rajoy se lance dans une campagne contre la mariage homosexuel, et contre l'avortement, dans le sillage de l'Opus Déiste Pape Benoit, qui ,lui, en a mis une couche honteuse au Brésil. Mais avec l'Espagne, le continent américain, nord et sud sont les terrains de jeux favoris de l'Opus, avec comme toujours la CIA. Parfois la réalité dépasse la fiction!

Pour l'heure j'ai déambulé dans les ruelles et venelles suivant le pas ferme de Carmen. J'étais chargé d'une mission et nous avons écumé les parfumeries dont une ancienne qui appartiendrait à la sœur de la Lupe en quête de Varon Dandy, puis les magasins de photos antiques et même le Rastro et un vendeur de la Plaza Mayor, mais aussi des magasins de bondieuseries en quête d'une Macarena kitch. A chaque pas une anecdote et omniprésent, Perez Galdos. Ici une porte dont il parle avec au dessus l 'appartement de Simon Casas, ici la Posada del Peine, étroit et tout en hauteur. Voir la Condesa dans un magasin de bondieuseries ça vaut aussi son pesant de fino,

Federico! Simon, elle dit qu'elle l'a connu de maletilla, brillant et séducteur. Elle a de l'amitié pour lui. Pour ces temps là. Elle est gitana et ne renonce jamais à l'amitié. Elle me dit qu'il est à l'agonie, au moins financièrement, et qu'elle l'a aidé pour le contact de Abou Dhabi très prometteur en trésorerie, et sa seule justification. Dios mio , donde andamos condesa!

Alors Federico, lorsque cette nuit, alors que je m'apprêtais à « aprovechar », j'ai vu cette meringue blanche qu'était devenu l'Hotel Victoria, de ce blanc insultant et monumental neo fasciste de Cibeles, dégoulinant de lueurs mauve violette et bleutées, je me suis dit que nous étions tous morts. Moi j'attendais encore une façade trouble, et peut être aux fenêtres quelque toreros qui iraient de juelga. C'est blanc comme l'ennui, laid comme l'insulte, triste comme l'oubli.

En plus, à la « Cerveceria Alemana », on ne peut plus fumer et comme dit l'indéchiffrable Carmen «  Aqui huele a Dominguin ». J'ai pensé au théatre en face de toi, Federico, où ils jouèrent une pièce de Ignacio Sanchez Mejias, le 12 Octobre de 1933, dont il était, pour le livret producteur et auteur. La musique était de Manuel de Falla, et la chorégraphie de « La Argentina ».C'est ce théâtre que tu regardes Federico, tournant le dos à la meringue hideuse et dégoulinante.










J'espère Federico que l'oiseau te rejoint toujours au cœur de tes paumes. Je pense hélas qu'il est parti ou partira pour toujours.